Souvenirs ÚTL

Valur déposa son enveloppe lourde de formulaires dans l’entrouverture de la boîte aux lettres de l’institut migratoire ÚTL. En se retournant, il vit une annonce sur la porte vitrée du magasin de souvenirs qui faisait face aux guichets déjà fermés de l’institut.

Cherche employé

Prêt à commencer tout de suite

Aucun tapotement requis

Valur se laissa guider par sa curiosité et s’approcha des vitres impeccablement lissées du magasin. Des légions de figurines quasi-identiques s’alignaient sur des étagères étroites. Des macareux prêts à s’envoler, des trolls prêts à dévorer et des guerriers légendaires prêts à s’entretuer s’étalaient fièrement d’un bout à l’autre de la devanture.

Tiptip Tiptiptap

Valur sursauta et fixa avec appréhension le visage inquisiteur de l’homme qui venait de tapoter sur la vitre.

— Ça vous intéresse ? demanda-t-il, indiquant d’un signe de tête l’offre d’emploi placardée à côté de son visage.

— Je ne sais pas, je viens juste d’arriver… Oui, peut-être ?

Valur s’imagina un instant parmi ces figurines de macareux, appartenant à ce monde bien aligné et bien poli, où tous étaient similaires et tous avaient une place.

— Il faut bien payer le loyer, hein ? ajouta le vieil homme, affichant un grand sourire complice. Et puis, pas besoin de contrat entre nous, hein ? On se fait confiance.

Valur cherchait en effet du travail, bien qu’il n’eût pas encore l’autorisation de travailler. Il avait avec lui assez d’économies pour vivre décemment pendant deux ou trois mois, mais il n’avait pas anticipé le coût des documents administratifs qu’il venait de déposer. Finalement, pourquoi pas ici ? Ce magasin semblait plutôt plaisant, et il serait plus pratique de pouvoir faire toutes les démarches administratives des prochains mois sans avoir à prendre cinq bus et deux zip-lines. À la place, il prendrait cinq bus et deux zip-lines tous les jours pour aller au travail et faire ses démarches en même temps.

— Oui, je suis intéressé, dit-il d’un ton plutôt convaincu.

Le vieil homme arracha l’annonce, déverrouilla la porte vitrée du magasin et lui serra vigoureusement la main.

— Tu commences ce soir ?